Permanente impermanence et pleine conscience

Permanente impermanence et pleine conscience

L’un des préceptes fondamentaux sur lequel est basé la pratique de la mindfulness (méditation de pleine conscience et vie en pleine conscience) est la notion d’impermanence, de changement perpétuel. Tant que nous tentons de résister à cela, nous sommes dans un état d’insatisfaction, qui mène à la souffrance. La respiration nous en offre un enseignement à chaque inspire et chaque expire : l’un suit inexorablement l’autre, jusqu’au dernier souffle. Un renouvellement perpétuel, à l’intérieur de nous-même comme à l’extérieur ; au niveau micro comme au niveau macro. Inutile de chercher à garder l’air que nous avons inspiré, le relâchement s’impose afin que le flux de la vie puisse suivre son cours. De même, inutile de résister au vieillissement ; on peut certes le ralentir, dans certaines conditions, mais c’est tout.

Des crises telles que celle provoquée par le virus COVID-19 et ses répercussions à tous les niveaux de notre société ont démontré que le changement est la seule constante. Et c’est là où la pleine conscience peut nous aider : apprendre à vivre avec le changement, accompagner nos peurs de l’inconnu et comprendre que, comme tout autre chose, cela passera aussi, peuvent avoir un impact profondément positif sur notre qualité d’être et de vie.

« Les bénéfices de la pratique de méditation de pleine conscience et la mindfulness (vie en pleine conscience) pendant des périodes de crise telle que celle du COVID-19 » est le titre (ma traduction) d’un article publié tout récemment, en mai dernier, par le docteur C.Behan du département de psychiatrie, Royal College of Surgeons, à Dublin, Irlande, dans une revue scientifique médicale*.

L’auteur cite des études systématiques d’approches telles que le MBSR** (réduction de stress par la pleine conscience) qui ont démontré des améliorations au niveau de l’anxiété, la dépression, la tension artérielle, la douleur et le sommeil, ainsi que des modifications structurelles et fonctionnelles au niveau du cerveau, notamment dans les régions concernées par la régulation émotionnelle. D’autres études ont démontré des baisses d’hormones de stress tels que le cortisol. Ainsi, avec une pratique régulière de la méditation, nos réponses à ce qui arrive dans notre vie quotidienne deviennent plus posées et plus justes.

Lorsque j’ai entrepris la formation de facilitatrice du programme MBSR, puis celle d’enseignante de la mindfulness, à la suite d’une longue pratique personnelle de méditation et de yoga, ainsi qu’une psychothérapie et ma propre formation en tant que thérapeute, je n’avais aucun doute que dans le monde de demain (qui est maintenant le monde d’aujourd’hui), les enseignements et pratiques de la pleine conscience seraient non seulement précieux mais même essentiels. En réalité, le monde a toujours été changeant et incertain, avec des guerres, famines et épidémies, entre autres, mais il me semble qu’après une période de relative stabilité et prospérité en occident (certes, malheureusement pas partagée par tous), nous ne sommes pas forcément préparés pour les changements qui sont en train de s’imposer et ceux qui se profilent à l’horizon. Personnellement, la pratique de la méditation est pour moi non seulement un plaisir mais aussi un pôle de stabilité lorsque tout autour de moi vacille.

Cela me fait toujours penser aux paroles abondamment citées du maître Zen Thich Nhat Hanh, à propos des bateaux de réfugiés fuyant le Vietnam dans les années ’70 et ‘80 :

« Lorsque les bateaux de réfugiés vietnamiens bondés rencontraient des tempêtes ou des pirates, si tout le monde paniquait, tout était perdu. Mais si même une seule personne sur le bateau restait calme et centrée, c’était suffisant. Cela montrait la voie à suivre pour que tout le monde puisse survivre ».

* Behan, C., 2020, “The benefits of meditation and mindfulness practices during times of crisis such as COVID-19”, Irish Journal of Psychological Medicine, p.1-3

** MBSR : Mindfulness Based Stress Reduction, cycle de 8 semaines, développé par le Dr. Jon KABAT-ZINN.